I Histoire de la cocagne

 

   La cocagne vient de "coca" (la galette en occitan) et désigne la boule ou coque qui était obtenue après broyage et séchage des feuilles de pastel.

 

 

  Ces boules appelées "cocagnes" étaient suspendues, en haut de mâts ou de clayettes afin d'éviter qu'elles ne soient volées. Cette coutume est à l'origine du "jeu du mât de cocagne": ancien jeu de foire dont le but est d'attraper un jambon suspendu en haut d'un mât graissé. Les cocagnes restaient exposées en plein soleil pendant 4 mois avant d'être broyées à l'aide d'une meule ou dans des moulins à traction animale et façonnées de manière ronde.

  Cueillis de juin à septembre les feuilles de pastel doivent être récoltées au fur et à mesure de leur maturité. C'est ensuite de ces feuilles qu'est tirée la substance qui donnera la précieuse teinture. Lavées, séchées au soleil pendant quatre mois en pelotes, sur des mâts ou des clayettes, elles étaient ensuite broyées à l'aide d'une meule ou dans des moulins à traction animal et façonnées en boules (les fameuses cocagnes).

  Après fermentation, elles donnent "l'agranat" pâte granuleuse noirâtre, qui sert à obtenir la teinture.

  Les propriétés tinctoriales des feuilles de pastel (ou Guède) sont connues depuis l'antiquité, elles produisent un bleu exceptionnel en peinture, comme en teinture. Pur, le pastel donne donc un bleu très soutenu ; mélangé à d'autres plantes tinctoriales, celui-ci peut former une couleur verte, pourpre ou violette et il est très résistant au soleil et à l'eau.

 

II Une autre méthode de fabrication

 

D'autres méthodes ont été utilisées pour  extraire la teinture des feuilles. En voici une autre.

Les feuilles sont introduites dans des cuves ou "trempoires" dont on a précédemment garni le fond d'une grosse paille de seigle. La cuve était remplie jusqu'à 3 pouces au-dessus de la feuille en prenant soin de bien remuer la feuille, de la plonger dans l'eau en bouleversant les couches, en les précipitant vers le fond afin qu'elles restent immergée dans l'eau. C'est la macération qui varie selon la chaleur de l'atmosphère et celle du soleil. C'est au bout de 15 heures que l'on voit à la surface de l'eau un iris bleuâtre. Ainsi la feuille obtient une couleur vert foncé et devient molasse. Le velouté gris verdâtre qui la recouvrait a disparu. L'eau se recouvre alors d'une pellicule irisée et cuivrée. Il y a donc un dégagement de grosses bulles d'acide carbonique : c'est le début de la fermentation. L'eau de macération est soutirée puis aérée par battage et mélangée à de l'eau de chaux afin de soutirer l'indigo qui est ensuite purifié.

III Histoires du pastel

 

   Il y a des expressions employées communément mais dont l'origine demeure ignorée la plupart du temps. Connaissez-vous ainsi  celle du " pays de cocagne" ? Pratiquée depuis l'antiquité et le haut du moyen-âge la culture du pastel, qui se pratique dans un triangle compris entre Toulouse, Albi et Carcassonne appelé "Le Triangle Bleu" connaît son âge d'or de 1460 à 1560, expédiant dans toute l'Europe, les fameuses "cocagnes". Les princes du pastel acquièrent alors des fortunes considérables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   Jusqu'à la fin du XVII° siècle, le pastel reste le roi du marché des colorants bleus destinés à la teinture et à la peinture. Il sera abandonné en faveur de l'indigo, moins cher importé d'Inde ou du Mexique. En 1806, après avoir décrété le blocus continental, et par la même occasion toutes les importations, Napoléon désireux de donner aux 600 000 soldats de la Grande Armée des uniformes bleus relance la production du pastel et offre une prime a celui qui trouvera des techniques d'extraction plus rapide. Mais après le règne de Napoléon  le pastel retourna dans l'oubli.

Napoléon n'était pas le seul à utiliser le bleu pastel pour son armée, en Grande-Bretagne les guerriers Celtes se teignaient en bleu foncé avant de livrer bataille contre Jules César ce qui l'avait particulièrement touché. Non, seulement leur aspect devenait tout à fait spectaculaire et effrayant (d'où peut-être l'origine de l'expression "Peur Bleu"), mais la guède possède de remarquables vertus antiseptiques et cicatrisantes qui en faisaient un peu l'équivalant de notre mercurochrome. Les anciens Celtes joignaient ainsi l'utile à l'agréable !!

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